25-03-2021

Philippe Brassac : "L’épargne ne dort jamais"

A en croire certains, les plus de 100 milliards d’épargne surracumulée par les ménages, qui s’amassent sur des comptes ou des livrets liquides, seraient dans les faits non mobilisés pour financer l’économie. Un tel jugement révèle une méconnaissance profonde des mécanismes qui relient au contraire tout euro épargné aux flux alimentant l’économie.

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Philippe Brassac : "L’épargne ne dort jamais"

Puisque, sur ce point, un peu de pédagogie s’impose, rappelons les deux grands circuits concernés : d’abord, celui de l’épargne dite bancaire (dépôt à vue, comptes sur livrets, épargne réglementée) soutenant tous les crédits à l’économie (crédits à la consommation, crédits immobiliers, crédits aux entreprises). La banque assume ce rôle fondamental de « transformation » d’une épargne liquide en crédits longs. En France, cette épargne n’est pas suffisante en quantité : les établissements bancaires la complètent avec des ressources de marché. Il n’y a donc pas un euro d’épargne dans le bilan des banques qui ne se transforme en crédit à l’économie. 

Le second circuit est celui de l’épargne non bancaire : l’assurance-vie finance essentiellement les dettes d’État pour les fonds en euros et les entreprises pour les fonds dits en unités de compte, ou UC ; les Sicav et autres fonds communs de placement (FCP) confiés aux gestionnaires d’actifs qui administrent les objets prévus par les statuts de ces fonds, et enfin les valeurs mobilières (actions ou obligations) directement souscrites - et donc choisies - par les épargnants. 

Au total, et quel que soit le circuit, aucun doute comptable : pas un euro d’épargne ne sert à autre chose qu’à financer l’économie. L’actif égale toujours le passif, et ce, au centime près. Il ne s’agit donc pas de rendre l’épargne utilisable pour financer l’économie : elle l’est à tout instant. En revanche, il est légitime de faire en sorte que l’épargne se mobilise préférentiellement vers tel ou tel type de financement, selon les priorités de la société ou de la nation.

Il convient alors de respecter quelques précautions...

Premièrement, en période de taux bas, il est tentant pour un épargnant de vouloir trouver plus de rémunération. Nécessairement en prenant plus de risques. Il faut donc impérativement veiller à ce que les incitations n’altèrent pas la compréhension du client quant à son exposition au risque, et ainsi préserver son libre arbitre.

Autre point important : les épargnants, pour être convaincus, ont besoin de cohérence et de constance dans les règles du jeu. Inutile d’appeler leurs bas de laine à se mobiliser plus fortement vers les fonds propres des entreprises lorsque, dans le même temps, la critique des profits et la diabolisation des actionnaires demeurent un sport national. 

Enfin, les efforts pour favoriser tel ou tel type de financement ou de projet peuvent être réduits à néant si, parallèlement, la régulation internationale - protégée par son vocabulaire hermétique - met en œuvre des contraintes prudentielles incitant au contraire les banques à prendre le moins de risques possible.

Non, l’épargne ne dort jamais. Et les idées simples sont, hélas, rarement vraies.

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